Les hommes canettes

Le peintre Eddy Ekete est aussi un « performer », il a créé Les Hommes Canettes, sorte de Golems sortis des déchets de notre société. Ils déambulent dans les rues et dansent sur scène dans un fracas de sons métalliques.

« Je suis un artiste plasticien, et je fais de l’art pour comprendre ce que je ne comprends pas.

Je joue avec le faux et le vrai, l’art est la seule porte qui me reste ouverte. Je ne suis pas africain radical, ni exotique, mais un homme d’un territoire qui a envie de vivre l’ouverture.

Je me sens incomplet et ma recherche sera toujours incessante, la vie est faite des choses qui changent autour de nous, et  mon travail sera toujours en mouvement.

Pour les costumes Canettes je fais un lien entre l’aspect formel des statuettes N’kisi, leurs fonctions dans la société traditionnelle en Afrique Centrale et les costumes canettes. Les statuettes N’kisi communément nommés « fétiches à clous » tirent leur puissance des clous ou plus généralement des lamelles de fer. Elles servent à ceux qui les emploient à se défendre d’ennemis potentiels en jetant un sort ou d’autres maux.

Moi et les costumes canettes réintroduisons un néo-animisme sur la voie publique de nos villes qui pourrait être un mode privilégié de négociation avec les figures du désordre. Chaque intervention urbaine des hommes canettes traite avec les puissances qui gouvernent les sociétés humaines contemporaines. Les hommes canettes par l’aspect formel de leur costume déjouent les séparations entre des mondes habituellement dissociés : le masculin et le féminin, le monde des vivants et celui des morts, celui des emballages des déchets et celui des hommes.

Les hommes canettes sont anachroniques et intemporels.

Ils voudraient pouvoir guérir leurs contemporains humains, les exorciser, les protéger, les enchanter ou les désenchanter.

Ils voudraient pouvoir rétablir les déséquilibres à l’origine des désordres écologiques, psychologiques ou humains. Avec leurs corps recouverts d’écailles de canettes, leurs « canette-morphisme », en se manifestant, s’agitant, dansant, faisant du bruit-ces nouveaux maîtres du désordre –aimeraient avoir les capacités chamaniques à s’élever vers les différents mondes des esprits, et de se servir d’eux pour faire prendre conscience à leurs contemporains producteurs de déchets qu’un autre monde est possible. Les hommes canettes ont localisé la source du désordre et pour l’expulser et restaurer le bien être, ils effectuent- nous effectuons – des « performances conjurations ».

Je suis en quelque sorte un nouveau réaliste. Je pratique un recyclage poétique de matériaux prélevés dans le réel urbain industriel publicitaire. Mon art évoque nos sociétés marquées par la profusion d’objets jetables que nous produisons au quotidien.

Je fais ainsi écho aux dangers de la modernisation, j’exprime avec les hommes canettes une dénonciation railleuse de la production de masse et des comportements qu’elles génèrent. Je radicalise l’usage des déchets souvent jugés ignobles en les élevant au statut d’œuvres d’art. Les débris et les rebuts ont toujours été mes matériaux de prédilection. L’objet canette acquiert ainsi une puissance expressive.

L’emballage quand il est vidé de son contenu par son consommateur, se fait jeter comme un déchet sur la voie publique et doit finir à la poubelle. Je le réhabilite, j’attribue à ce déchet un nouveau destin, le devenir écaille du masque homme canette.

Les hommes canettes envahissent l’espace urbain. Ils deviennent les maîtres d’un désordre joyeux, ludique, festif, railleur, inventif, carnavalesque. » 

Eddy Ekete Mombesa

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