François Beaulieu

Les preuves abondent de la vocation proprement culturelle du paysan breton à s’éloigner de la nature sauvage et à conduire la domestication à son plus haut degré. Force est d’admettre que les Bretons professaient le plus grand mépris pour ce qui enchante les Ardennais ou les Périgourdins : les escargots, les champignons, les brochettes de passereaux sont aliments de misérables aux yeux du Bigouden ou du Trégorois.
Même quand la faim les tenaillait, l’idée ne leur venait pas d’aller récolter les coquillages si abondant sur un littoral pourtant jamais vraiment éloigné de chez eux (les Irlandais – qui sont du même sang – ont eu un comportement identique lors de la grande famine). Chasseurs et pêcheurs sont unanimement regardés comme des paresseux dans la société traditionnelle ainsi qu’en témoignent un dicton de basse Bretagne : « Poils de lapin et plumes de perdrix / Ne valent rien pour engraisser la terre » (« Bleo gonifled, plun klujar,/ N’int ket mad da stuia douar »). Il n’y a donc pas de tradition vivante des usages de la nature et, aujourd’hui encore, les chasseurs brillent par l’intérêt qu’ils portent à leurs chiens plus que par leurs connaissances naturalistes.