Monique Mosser

« La nature toute entière transfigurée » ou du furor hortensis entre Lumières et sensibilité.

 

Je voudrais mettre en exergue de mon intervention une citation du grand historien des jardins Ernest de Ganay, citation qui – il me semble – jette une jour particulier sur le programme de cette journée ! Elle est tirée de son manuscrit resté inédit, Les jardins à l’anglaise en France au XVIIIe siècle. Voilà ce qu’il nous dit de ce moment particulier de leur histoire :

 

« Chaque jardin sera une sorte d’autobiographie  individuelle de son maître : seul il pourra s’y retrouver entièrement […]. Son domaine ne révèlera pas la raison, l’intelligence, la discipline d’une collectivité, comme les jardins d’autrefois ; il trahira l’intimité, l’âme de chacun ; ce sera comme une confidence au grand jour, un aveu que tout le monde pourra lire. »

 

 

PREMIÈRE PARTIE : LE PRINCE DE LIGNE, FIGURE TUTÉLAIRE.

Cette citation me fournit une transition toute trouvée pour célébrer le véritable « héros tutélaire » de cette journée : le prince de Ligne. En effet, il faut rappeler qu’Ernest de Ganay a donné en 1922 une réédition annotée de son livre : Coup d’œil sur Beloeil et sur une grande partie des jardins de l’Europe. Je n’ai pas le temps de revenir ici sur la vie et l’oeuvre de ce personnage fantasque et attachant, à la fois maréchal, diplomate et homme de lettres, l’un des très grands mémorialistes de l’Europe des Lumières, polygraphe élégant qui passe de la stratégie militaire aux contes érotiques. Je préfère vous livrer un bref florilège tiré de son « Coup d’œil », paru pour la première fois en 1781, curieux collage d’idées sur l’art des jardins irréguliers, qui regorge de descriptions, d’aphorismes et de considérations cocasses à leur propos. Voilà ce qu’il en dit lui-même dans les premières lignes: « Tantôt c’est une description de mes jardins, de mes maisons de campagne et de chasse ; tantôt c’est un mémoire raisonné sur les jardins des différentes nations ; quelquefois c’est de l’exactitude, d’autres fois, c’est du roman, puis de la pastorale […] puis c’est de l’imagination, je me laisse emporter par le sujet, le jardinier s’oublie.».

 

Bien sûr, c’est principalement de son parc de Beloeil et de ses jardins de Baudour, dans les anciens Pays-Bas autrichiens, dont il est question, mais le livre est largement autobiographique. Il y dépeint sa monomanie, ce quasi « furor hortensis » [furor en latin est du masculin !], décrit par Philip Dormer, Lord Chesterfield, homme politique et écrivain anglais, en 1751 à propos de son attachement pour sa campagne de Blackheath.

 

Première citation : « Je ne devrais pas sortir de mes jardins, ni de ceux des autres. Je n’ai  pas même  pu m’empêcher de les mêler, puisqu’en disant ce qu’on n’a pas fait ailleurs, je dis ce que j’ai fait chez moi. Mais il n’est pas possible de parler de sang-froid, de ce qu’on aime ; et dans ce moment-ci, je fais tout ce que je puis, pour n’aimer que mon jardin ».

 

Bien sûr, sa folie hortésienne trouve tout sorte de moyens de s’incarner, tout particulièrement dans la construction des « fabriques », une véritable addiction !

 

Deuxième citation choisie : « Un temple, si je l’avais entrepris, aurait encore été plus ruineux. Pour le rendre digne du site de Diane ou des Amadriades, à qui j’aurais dû le dédier, il eût dû surpasser celui d’Éphèse et j’aurais été plus fou qu’Érostrate dont la folie au moins, ne lui coûta rien ». [Je vous rappelle qu’Érostrate imagina de mettre le feu au temple d’Artémis pour passer à la postérité.]

 

Et un peu plus loin :

 

3) « Je suis fou des inscriptions. C’est dans l’épaisseur et le calme des bois les plus vieux, qu’elles font le plus d’effet. Qu’on n’en abuse pourtant pas. Point de lieux communs, de choses vagues, de petites idées souvent fausses. Que chaque arbre n’ait pas son étiquette. Qu’on oblige pas à penser, mais qu’on aide les paresseux. Qu’on augmente, qu’on élargisse, qu’on échauffe la pensée. Que le Philosophe en trouve de consolantes, l’amant de sensibles, le Poëte de vives et de neuves. C’est toujours de ces trois genres là surtout, qu’il faut s’occuper

 

Bien sûr, sous le plume du prince de Ligne, le mot jardinomanie revient plusieurs fois, je n’en conserverai ici qu’une des citations les plus explicites :

 

4)« Pères de famille ! Inspirez la jardinomanie à vos enfants. Ils en deviendront meilleurs. Que les autres arts ne soient cultivés que pour embellir celui que je prêche. Quand on pense à ombrager un ravin, quand on cherche à attraper un ruisseau à la course, on a trop à faire pour devenir jamais  citoyen  dangereux, général intrigant et courtisan cabaleur.

 

Si l’on voulait écrire contre les lois, se plaindre au conseil de guerre, culbuter un supérieur ou manigancer à la cour, on arriverait trop tard puisqu’on aurait dans la tête son bouquet d’arbres de Judée ou son buffet de fleurs ou son bosquet de platanes à arranger. »

 

Quand il quitte son bien-aimé domaine de Beloeil, le prince de Ligne apparaît comme « l’observateur privilégié », sinon le grand prêtre d’une étrange secte véritablement européenne, celle des jardinomanes. Évoquons en, à travers sa plume, quelques-uns des plus fameux. Vous ne manquerez pas, d’ailleurs, d’observer que ces grands hommes et ces grandes femmes n’arrêtent pas d’échanger entre eux des avis, des conseils… et des graines !

A tout seigneur, tout honneur, commençons par Catherine II, impératrice de Russie…

 

que Ligne introduit ainsi :

 

« Quoique bien frileux,  le Dieu du Goût [c’est-à-dire Apollon] a passé dans le nord ; il a eu audience de l’impératrice de Russie en arrivant. Ils se sont convenus d’abord. Il est devenu son bostangi bacha [« Chef des gardiens des jardins » de la Sublime Porte] ou plutôt la triomphatrice des Turcs est elle-même la jardinière de Tsarkoïe Selo. La législatrice du plus grand des empires voisins, sème elle-même ses gazons. […]Tsarkoïe Selo, où il y a ce que l’impératrice appelle ses caprices, présente de tous les côtés des tableaux charmants. Ces caprices, soi disant, sont des effets d’eau, ou d’optique, toujours bien saisis et bien variés. Un pont de marbre de Sibérie, d’une architecture dans le genre de Palladio, les bains, le pavillon turc, … la ruine… un temple de trente-deux colonnes de marbre : voilà ce qui rend ce jardin le plus intéressant du monde. C’est ainsi que, laissant un instant les rênes du gouvernement, cette grande princesse a pris le crayon, le  râteau et la serpette …

 

Et de fait, la Grande Catherine elle-même, qui avait envoyé des graines de cèdre à Voltaire pour qu’il les plantes à Ferney, confiait à ce dernier : « J’ai planté les mêmes au printemps à Tsarkoïe Selo […] je trouve beaucoup de charme à cet endroit, car j’y plante et j’y sème moi-même. »

 

Elle témoigne volontiers de sa jardinomanie, toujours à Voltaire, quand elle lui avoue: « J’adore à présent les jardins dans le goût anglais, leurs lignes incurvées, leurs pentes douces, leurs mares en forme de lacs, leurs archipels dessinés sur la terre ferme, alors que je méprise profondément les lignes droites. Je déteste les fontaines d’où jaillit une eau qui suit un courant contraire à la nature ».

 

L’impératrice s’efforça d’ailleurs de transmettre sa propre inclination pour les jardins à ses sujets. En 1773, elle entreprit ainsi la traduction de l’ouvrage de William Chambers  Dissertation sur la jardinage d’Orient, parue en français et en anglais l’année précédente, pour le transformer en une sorte de manuel d’aménagement des jardins où l’on peut lire « l’avertissement » suivant : « Cet ouvrage est un envoi adressé aux propriétaires des maisons se trouvant sur la route de Peterhof afin de leur faire percevoir les agréments de la nature et de leur donner les moyens de l’embellir suivant les règles ci-après prescrites ».

 

Nous possédons un très intéressant témoignage qui vient confirmer l’intérêt de l’Impératrice pour les œuvres de Chambers. Il s’agit du service impérial russe, dit « grenouille », commandé à Josiah Wedgwood par Catherine II, entre 1773-1774 représentant des châteaux et des parcs anglais dont les bâtiments construits dans les jardins de Kew par le même William Chambers.

 

Nous retrouverons, un peu plus tard dans cette matinée, William Chambers en personne ! Mais ne quittons pas l’architecte anglais qui avait voyagé en Chine et en Inde, tout en rejoignant l’interlocuteur favori de Catherine II, Voltaire, le patriarche, chez lui à Ferney. Il faut rappeler que le philosophe, qui avait longuement séjourné en Angleterre (1726-1729) se flatta parfois d’avoir fait connaître précocement les jardins anglais aux Français. Il me paraît judicieux de citer ici la lettre de remerciements qu’il fit parvenir à Chambers, toujours à propos de la fameuse Dissertation… :

 

« Monsieur, ce n’est pas assez d’aimer les jardins, ni d’en avoir ; il faut avoir des yeux pour les regarder, et des jambes pour s’y promener. Je perds bientôt les uns et les autres, grâce à ma vieillesse et à mes maladies. Un des derniers usages de ma vue a été de lire votre très agréable ouvrage. Je m’aperçois que j’ai suivi vos préceptes autant que mon ignorance et ma fortune me l’ont permis. J’ai de tout dans mes jardins, parterres, petites pièces d’eau, promenades régulières, bois très irréguliers, vallons, près, vignes, potagers avec des murs de partage couverts d’arbres fruitiers, du peigné et du sauvage. Le tout en petit et fort éloigné de votre magnificence.

 

J’ai l’honneur d’être avec toute l’estime que vous méritez, votre très obéissant, etc»

 

Ce qui frappe, sous la plume de Voltaire, c’est le fait que le propriétaire – dans ce cas, lui-même – est forcément le CONCEPTEUR, SEUL ET À PART ENTIÈRE de son jardin.  Nous sommes bien là confrontés à ces jardins « autobiographiques », dont Ligne fournit, avec Beloeil, la plus parfaite illustration.

 

Le feld-maréchal porte d’ailleurs une admiration sans bornes à deux figures françaises de la jardinomanie : Claude-Henri Watelet et René-Louis de Girardin, propriétaires-concepteurs-théoriciens dont les jardins apparaissent comme le chef-d’œuvre de toute une vie. En effet, Moulin-Joli et Ermenonville embrassent et subliment leur destinée et sont passés, à travers leurs deux livres théoriques respectifs, définitivement à la postérité.

 

Claude-Henri Watelet, conseiller du Roi, receveur général des finances et cousin de l’abbé de Saint-Non fut bien plus qu’un simple « amateur d’art ». Peintre, dessinateur, graveur, violoniste, membre de l’Académie royale, il a rédigé de nombreux articles sur les beaux-arts dans L’Encyclopédie, mais aussi publié un grand poème didactique sur L’art de peindre.. C’est en 1754 qu’il acquit un domaine sur les bords de la Seine à Colombes. Il entreprit alors d’y aménager « un de ces lieux qu’on oublie pas », comme l’écrit Madame Vigée Le Brun, « si beau, si varié,  si pittoresque, si élyséen, si sauvage, si ravissant, enfin ! »

 

C’est en 1774 que Watelet publia son Essai sur les jardins, mais dont il précise qu’il avait commencé la rédaction dix ans plus tôt. Il rattache Moulin Joli au registre du « Pastoral moderne » qui présente des affinités avec le peintre Boucher qui avait exposé des pastorales au Salon de 1761 et dans lequel il faut reconnaître « l’artiste célèbre par les plus grandes entreprises de la peinture [qui] se fit architecte par amitié ». Dans son traité, le financier-poète se livre à une intéressante réflexion sur les différentes manières d’entrelacer l’utile et l’agréable, et aussi le mécanique et le libéral dans l’art des jardins. Mais ce qui reste l’apport le plus original de Watelet c’est son effort pour introduire à la fois des considérations de psychologie sociale et de psychologie des affections en ces temps où cohabitent les Lumières et la sensibilité. Il ne faut pas oublier que c’est l’année même où il découvrit le site de Moulin  Joli que Condillac devait publier son Traité des sensations (1754).

 

Et le prince de Ligne d’évoquer ce petit paradis en ces termes  :

 

« Qui que vous soyez, si vous n’êtes pas des cœurs endurcis, asseyez-vous entre les bras d’un saule, au Moulin Joli, au bord de la rivière. Lisez, voyez et pleurez, ce ne sera pas de tristesse, mais d’une sensibilité délicieuse. Le tableau de votre âme viendra s’offrir à vous. Méditez sur les inscriptions que le goût y a dictées. Méditez avec le sage, soupirez avec l’amant et bénissez Monsieur Watelet ».

 

Mais on ne faisait pas que pleurer à Colombes, on s’y divertissait beaucoup, tant était vaste le cercle des amis qui se rendaient à Moulin-Joli : le prince de Conti, Mme d’Houdetot et le poète Saint-Lambert, d’Alembert le philosophe, La Harpe, l’abbé Delille, Madame Vigée Le Brun et Hubert Robert. Cela nous a valu une délicieuse petite pièce de théâtre dont je vous recommande vivement la lecture, car elle est en ligne, La Maison de campagne à la mode, ou La comédie d’après nature, comédie en deux actes, en prose, composée en 1777 où le proprétaire-concepteur se moque de lui-même et s’amuse de quelques visiteurs importuns !

 

En ce qui concerne Girardin, le prince ne tarit pas d’éloges.

 

«  Que dire de ce lieu parfait en tout. Si j’en dis ce que je pense, on ne me lira plus. On ira voir, admirer, imiter. Ce qui m’en console, c’est qu’on ira plus en Angleterre . J’ai été exprès à Ermenonville ; j’avais de l’humeur, il faisait chaud. J’ai tout parcouru. C’est un pays immense, j’étais rendu. L’enthousiasme m’a consolé et délassé. La science de se servir des différents niveaux d’eau, par des chutes agréables et de la plus grande modestie, les îles, les petits bâtiments, la maison du philosophe, la grotte, les bas-reliefs, le tombeau de J. J. Rousseau, l’ermitage, et jusqu’au billard même, le petit jardin aménagé avec tant d’art, ainsi que le petit ruisseau […] ; les quatre enclos , l’un du désert, l’autre de la forêt, et les deux autres de la prairie et de la métairie, qui comprennent toutes les cultures ; tout cela, œuvre de Mr le Marquis de Girardin, m’a fait presque renoncer au projet de travailler. J’ai lu son livre, j’ai presque renoncé au projet d’écrire ».

 

Je voudrais revenir brièvement sur l’assertion du prince de Ligne : « Tout cela, œuvre de Mr. le marquis de Girardin ». On a tellement répété qu’Ermenonville avait été conçu par Jean-Marie Morel puis par Hubert Robert  et autre qu’on a eu tendance à oublier un document essentiel qui avait été exposé en 1977 à l’Hôtel de Sully. Il s’agit d’un album de dessins de la main de Girardin rassemblé par son arrière petit-fils. Celui qui recommande dans son traité De la composition des paysages d’avoir sans cesse recours au dessin « seule manière d’écrire son idée pour s’en rendre un compte exact avant de l’exécuter », multiplia des croquis pour divers temples, un chalet suisse pour le Désert, la cabane de Philémon et Baucis ou encore la Fontaine de nymphe Égerie pour la prairie arcadienne. Le même album conserve, toujours de sa main, d’innombrables projets d’inscriptions dans toutes les langues. Girardin avait une tendance à la graphomanie  ou, peut-être faudrait-il plutôt dire la « scriptomanie », sorte de pulsion qui consiste à répandre partout des inscriptions, sur les arbres, sur les rochers  ou les colonnes du temple de la philosophie moderne, enfin tout autre support imaginable…

 

Pour en terminer avec la jardinomanie selon le prince de Ligne, il ne faut pas oublier une autre sous-espèce de cette maladie : la « templomanie » :

 

« Les temples doivent inspirer la volupté, ou rappeler cette secrète terreur qu’on sentait en y entrant autrefois. Mais que sent-on, lorsqu’on les voit les uns sur les autres, et gâter par une templomanie ceux qui, comme le temple de l’amitié, mériteraient nos éloges. Mylord Temple s’est trop  laissé aller à son nom. Stowe a trop de bâtisses, et une église catholique n’est pas plus gaie dans un jardin qu’ailleurs ».

 

Nous terminerons ce chapitre médical avec un mal circonscrit dans un lieu, aussi exceptionnel que singulier, la  « colonnite » aigüe qui frappa Gabriel Joseph de Froment de Castille en son domaine implanté sur la commune d’Argilliers, près d’Uzès dans le Gard, propriétaire-concepteur qui s’explique dans une de ses lettres : « J’ai pris un tel goût pour les colonnes, en Italie, que je viens de créer dans mes jardins quatre espèces de temples monoptères qui embellissent ma solitude… Je réalise chez moi ce que j’ai vu et qui m’a plu ailleurs…, chaque point de vue me présente une fabrique, un kiosque, l’ermitage ou le bassin entouré de colonnes, un puits en forme de temple… ».

 

 

DEUXIÈME PARTIE : PERSPECTIVES.

Si, en ouverture de son essai fondateur : Jardins et pays d’illusion (1957), Jurgis Baltrusaitis revient brièvement sur l’opposition entre parc classique et jardin irrégulier, entre parterres de broderie et prairies  naturelles parcourues par des chemins tournants, soient deux systèmes symbolisés traditionnellement l’un par la France et l’autre par l’Angleterre, c’est pour suggérer qu’il s’agit, désormais, de dépasser cette dialectique stylistique par trop réductrice. « La vie des formes imagées de tous les temps erre entre ces concepts. Mais c’est au cours du XVIIIe siècle et dans les jardins que l’on voit une succession rapide où la réalité se substitue à l’abstraction, où, à la réalité succède sa fiction, ouvrant le jardin aux visions fantastiques, et c’est seulement pour les jardins que nous avons une vaste littérature sur la question. Aucun traité de peinture n’apporte autant de précisions sur la pensée et sur les procédés techniques que les dissertations sur l’arrangement direct de la nature ». Baltrusaitis pose d’emblée la question des fondements ontologiques du pittoresque, tout en insistant sur l’extraordinaire production littéraire qui en accompagne les complexes développements. Ainsi, au-delà des approches naïves ou caricaturales d’un retour à la nature qui se situerait entre des bergeries de bonbonnières et une proto-écologie forcément anachronique, il insiste sur le fait que « la genèse  du jardin paysager n’est pas, somme toute, une simple irruption dans son enclos des champs et des bois environnants. A peine redécouverte, la nature est toute entière transfigurée et transposée dans un domaine visionnaire et symbolique». Il s’agit, dès lors, d’analyser les processus à l’œuvre dans ce phénomène de transfiguration, de chercher à identifier à travers quels filtres culturels les concepteurs et les théoriciens de ces temps où cohabitent Lumières et sensibilité allaient élaborer ces nouveaux jardins.

 

 

Depuis les années 2000 et même antérieurement, de très nombreux travaux (thèses, inventaires ou surveys, etc), monographies de concepteurs ou de lieux, catalogues d’expositions sont venus enrichir la bibliographie européenne.. Parallèlement, la perception des « transfers culturels » à travers l’Europe entière s’est profondément complexifiée comme l’avait bien montré le colloque Sir William Chambers und der Englisch-chinesische Garten in Europa, organisé noms collègues allemands à Oranienbaum en octobre 1995. Des pays de l’Europe du sud, comme l’Italie et l’Espagne, ont fait l’objet de nouvelles investigations. Toujours, dans le cadre des « transcultural studies », les historiens chinois s’intéressent de plus en plus aux jardins anglo chinois de nos contrées . Cependant, il semble que beaucoup reste à faire. On souffre même, parfois, d’un véritable retour en arrière, par exemple quand les journalistes glosent sans fin sur les « petits moutons de Marie-Antoinette » !

 

 

Il semble qu’il faudrait remettre les jardins de ces temps dans leur véritable épaisseur contextuelle que quelques historiens ont revendiquée, comme on l’a vu avec Baltrusaïtis ou comme l’a fait naguère Jean Deprun dans le beau chapitre qu’il a consacré à « la métaphysique des jardins » dans son grand livre dédié à La philosophie de l’inquiétude en France au XVIIIe siècle (1979). Le prince de Ligne ne parlait-il pas de son « petit jardin philosophique ».

 

Et il est intéressant de noter que le chevalier de Jaucourt développe l’entrée « Plantation »

 

dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert au chapitre de la Morale :

 

 « PLANTATION, s. f. (Moral.) je mets les plantations au rang des vertus, & J’appelle ce soin une vertu morale nécessaire à la société, & que tout législateur doit prescrire.

 

En effet, il n’est peut – être point de soin plus utile au public que celui des plantations; c’est semer l’abondance de toutes parts, & léguer de grands biens à la postérité. Que les princes ne regardent point cette idée comme au – dessous de leur grandeur. Il y a eu des héros de leur ordre dans ce genre, comme dans l’art de la destruction des villes, & de la désolation des pays. Cyrus, dit l’histoire, couvrit d’arbres toute l’Asie mineure. Qu’il est beau de donner une face plus belle à une partie du monde! La remplir de cette variété de scènes magnifiques, c’est approcher en quelque sorte de la création.

Caton, dans son livre de la vie rustique, donne un conseil bien sage. Quand il s’agit de bâtir, dit – il, il faut longtemps délibérer, & souvent ne point bâtir; mais quand il s’agit de planter, il seroit absurde de délibérer, il faut planter sans délai ».

 

Au-delà de la nécessité de redensifier les connaissances et de tenter d’ambitieuses synthèses, il faudrait apprendre à mieux analyser les échanges entre les différents pays d’Europe, affiner notre perception chronologique de la circulation des concepteurs, des idées et des modèles, peut-être à travers des projets européens de recherches, et, encore au-delà des mers, quand il s’agit de la botanique. L’histoire des jardins s’est développée depuis des années selon des perspectives renouvelées, comme l’histoire de  botanique appliquée aux jardins, celle des liens qu’entretiennent les jardins d’agrément avec l’agronomie et l’économie rurale ou, plus récemment, avec le champ émergent des « humanités environnementales ».

 

Pour ne pas rester dans des généralités par trop abstraites, je voudrais vous présenter quelques exemples qui semblent riches de potentialités : un livre, deux voyageurs, un théoricien à découvrir..

 

 

Le livre est le poème didactique en quatre chants de l’abbé Delille, Les jardins ou l’art d’embellir les paysages publié en 1782. Je ne m’attarderai pas ici sur les défauts et les qualités de l’ouvrage, mais je voudrais rappeler le retentissement véritablement européen de cette œuvre. Dans l’introduction qu’il donne à l’édition de 1801 des Jardins, Delille écrit : « Enfin vingt éditions de ce poëme, des traductions allemandes, polonaises, italiennes, deux anglaises en vers, répondent plus que suffisamment aux critiques les plus sévères ». Il y aurait là une vraie recherche à mener.

 

Une investigation sur Internet permet de trouver deux traductions anglaises, l’une  en 1789 et une autre par Isabelle de Montolieu en 1805.Les deux éditions allemandes datent de 1796 et de 1835. Il est amusant de noter que ce sont deux abbés italiens, l’un vénitien en 1792 et l’autre de Lucques en 1794 qui traduisent Delille. Pour l’Espagne, c’est Jose de Viera y Clavijo, lui-même prêtre, scientifique et écrivain, originaire des Canaries, qui donnera sa traduction après avoir rencontré Delille à Paris. Il y en a une en portugais, mais je n’ai rien trouvé sur Internet. La traduction en russe du poème par Aleksandr. F. Voeikov, parut en 1816, complétée par des impressions sur les jardins nationaux, et fut en Russie un événement littéraire. Enfin c’est le poète Aloise Felinski  qui traduisit les jardins de Delille en polonais. Petit clin d’œil, quand on sait qu’en 1786 la Princesse Czartorinska consulta Delille qui se trouvait alors à Constantinople, dans la compagnie de Choiseul-Gouffier, pour composer une inscription sur un monument dédié aux gloires littéraires dans son jardin situé « dans un hameau de Pologne ». L’Europe des jardins est une réalité ancienne et profonde.

 

J’évoquerai rapidement deux voyageurs français en Angleterre particulièrement sensibles à l’art des jardins. Le premier est un personnage éminent puisqu’il s’agit de Guillaume-Chrétien de Lamoignon de Malesherbes, magistrat, homme d’état plusieurs fois ministre, passé à la postérité pour le soutien qu’il apporta, en tant que chef de la censure royale, à la publication de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et, bien sûr, en tant qu’un des défenseurs de Louis XVI, lors de son procès. Mais Malesherbes fut aussi un passionné de botanique, un des traits typiques du siècle des Lumières où nombre de membres de la haute société n’eurent de cesse de connaître, expérimenter et faire progresser le règne végétal. À l’âge de 24 ans, il suit les cours de botanique de Jussieu. C’est dans son château de Malesherbes, dans le département du Loiret, qu’il organise ses plantations. Il entretient à leur sujet une correspondance avec Jean-Jacques Rousseau et Thomas Jefferson, échange des plantes et prend conseil auprès de son voisin de campagne, le grand agronome Duhamel du Monceau. Sous le pseudonyme de « Monsieur Guillaume », il se plaît à parcourir la France incognito, ainsi que la Hollande et la Suisse. Il en rapporte une moisson d’observations, aussi bien sur l’agriculture que sur l’industrie des régions traversées et, naturellement, des plantes pour ses collections. Mais sa passion de la botanique déborde largement les frontières de la France et même de celles de l’Europe. La variété des espèces qu’il recense, approvisionne , plante est prodigieuse. Il lui faut donc un véritable réseau de correspondants et de fournisseurs. Ils s’appellent M. Gaultier, médecin du roi au Canada, M. de Fontenelle, son homologue en Louisiane, le marquis de Turgot, frère du minitre, Gouverneur de la Guyanne, M. de Marbois, Intendant de Saint-Domingue, Peyssonel, consul de France à Smyrne, Cosinieri, Chancelier à Chio, jusqu’à ses neveux, Anne-César de La Luzerne, ambassadeur aux Etats-Unis, et son frère, César-Henri, Gouverneur des Îles sous le vent ! Jusqu’ici sa passion pour la botanique avait quelque peu masqué son intérêt pour les jardins. Or la découverte d’un manuscrit de Malesherbes dans les collections de l’American Philosophical Society à Philadelphie, journal de sept semaines en Angleterre au printemps de 1785, se révèle absolument passionnant. Cet inédit, publié par Michèle Crogiez Labarthe en 2009, mérite pour l’acuité de ses observations, la finesse de ses analyses et la poésie de ses descriptions de figurer aux côtés des traités que nous avons évoqués qu’il s’agisse des ouvrages du prince de Ligne, de Watelet ou de Girardin.

 

 

L’autre voyageur est beaucoup moins connu. Il s’agit de Henri-Roland-Lancelot, marquis Turpin de Crissé, membre de la petite noblesse. Il fut lieutenant-général, auteur de livres de stratégie militaire. Cultivant les arts avec succès (peut-être l’élève d’Hubert Robert), il devint membre en 1785 de l’Académie royale de peinture et de sculpture. Il fit un voyage en Italie en 1786 et exposa au Salon de 1787 quelques vues et dessins de Rome et de ses environs. Il émigra en Angleterre, avec sa famille, à la Révolution où il dessina dans de grands jardins, comme par exemple, Stowe. Ces dessins sont aujourd’hui conservés au Musée d’Angers grâce au legs de son fils Lancelot Théodore, peintre reconnu du début du XIXe siècle. Ils témoignent d’une remarquable continuité entre les sources du pittoresque (les ruines romaines) et la diffusion européenne de l’inspiration pittoresque des jardins.

 

 

Tant d’autres pistes s’ouvrent encore, par exemple mieux connaître certaines figures comme celle de Jean-Baptiste-Louis-Théodore de Tschoudi, capitaine d’un régiment suisse, seigneur de Colombey, qui fut aussi ministre du prince-évêque de Liège et son chargé d’affaires à Versailles à partir de 1777. Il s’intéressa à la littérature, à l’horticulture et à la botanique et écrivit des livrets d’opéra pour Salieri et Glück.Tschoudi herborisa dans les montagnes suisses et françaises, planta dans son jardin de Colombey de nombreuses plantes exotiques et publia des articles et mémoires sur l’agriculture et les prairies artificielles (1763), la culture de la luzerne (1764), la « culture » des forêts et l’utilité de leur plantation (1766). Il écrivit de nombreux articles sur les jardins et la botanique dans le Supplément de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert dans un curieux mélange de poésie et de science qui témoigne de la profonde évolution du goût depuis les articles de Dézallier d’Argenville dans les premiers volumes de l’Encyclopédie

 

 

Au fond, le monde des jardins de ce temps des Lumières et de la sensibilité, pour peu qu’on s’y plonge,  se révèle comme une sorte d’Encyclopédie à part entière et à ciel ouvert et cette constatation ne peut qu’être une sorte de message optimiste aussi bien pour les futurs chercheurs que pour les « jardinomanes » du XXIe siècle…Mais, cependant je ne voudrais pas clore mon intervention sans faire part de mes inquiétudes concernant les jardins de Betz ou ceux de Mortefontaine dont on ne sait rien depuis des décennies, de bien d’autres encore mal entretenus ou géré a minima ou, encore, des rumeurs récentes de mise en vente du parc de Méréville par le Conseil général de l’Essonne. En souhaitant qu’une journée ; comme la nôtre, puisse éclairer propriétaires publics et privés sur leur responsabilité morale et donner au plus grand nombre l’envie de défendre et perpétuer ce « patrimoine vivant ».

 

PHOTOS & COMMENTAIRES


Edward Hatley, Sir Roger et Lady Bradslaigh à Haigh Hall, 1746.

Ce qui est amusant, c’est que le mari et la femme portent des costumes rappelant la Renaissance et que leur château est bien de style élisabéthain Ce qui est amusant, c’est que le mari et la femme portent des costumes rappelant la Renaissance et que leur château est bien de style élisabéthain et leur jardin en terrasses très régulier.
Ces deux peintures appartiennent au genre des « conversation pièces »
L’expression anglo-saxonne conversation pièce qualifie en histoire de l’art une peinture de genre, représentant un portrait de groupe, mais selon un dispositif informel, et ayant un caractère intimiste, et qui se développa surtout au XVIIIe siècle en Angleterre. L’expression « tableau de conversation » peut se rencontrer.

Edward Hatley, La famille Brockmann à Beachborough Manor, 1744-60.

En revanche, ici le jardin paraît tout à fait a goût du jour, la famille « posant » fièrement sous le temple en rotonde (dédié à Mercure). Nous sommes dans le Kent et on voit la mer au loin.
Intéressante manière de lier le jardin au grand paysage et aux travaux quotidiens (pêcheurs pêchant au filet dans l’étang).

Globalement, ce qui est intéressant, c’est cette attitude de se faire portraiturer dans son parc, tradition anglaise remontant à la Renaissance, très rare dans les autres pays d’Europe.

Carmontelle, La duchesse de Chaulnes ratissant une allée, 1771.
J. Paul Getty Museum, Los Angeles.
Carmontelle, Mr. de Tourempré relevant des niveaux dans son parc.

Un des principaux protagonistes de « nouveaux jardins à la mode ».
Louis de Carmontelle ou Carmontelle, pseudonyme de Louis Carrogis, né le 15 août 1717 à Paris et mort dans la même ville le 26 décembre 1806, est un peintre, dessinateur, graveur, auteur dramatique et architecte-paysagiste français.
Grand ordonnateur des fêtes du duc d’Orléans célèbre pour ses portraits de profil comme pour ses petites comédies improvisées appelées Proverbes, il est connu également pour avoir peint des transparents, inspirés de la lanterne magique, et pour avoir agencé le parc Monceau de Paris.
Il a laissé près de 600 portraits « depuis Monseigneur le Dauphin jusqu’au frotteur de Saint-Cloud », presque tous conservés au château de Chantilly. Ce qu est intéressant, c’est de noter ces deux personnages qui s’adonnent à des activités liées à l’amour des jardins.
https://artplastoc.blogspot.com/2018/06/865-carmontelle-promenade-dans-un-parc.html

Dmitri Gregorievitch, Portrait de Prokofiy Demidov, 1773. Moscou, Galerie Trétiakov.

Prokofi Akinfiyevich Demidov (1710-1786) était un industriel et philanthrope russe.
Fils aîné d’Akinfiy Demidov, Prokofi a hérité de l’énorme fortune de la famille Demidov à la mort de son père en 1745. Il a donné gratuitement à des œuvres de bienfaisance, en fondant un orphelinat et un institut scientifique à Moscou et une école de commerce à Saint-Pétersbourg, ainsi qu’en finançant l’opéra de Saint-Pétersbourg et des centaines d’écoles populaires et d’institutions philanthropiques dans toute la Russie.
Ses excentricités étaient célèbres et, parce qu’il pensait avoir été trompé par des marchands britanniques lors d’un séjour en Angleterre, il a un jour acheté tout le chanvre disponible pour « donner une leçon aux Anglais ». Malgré cela, il réussit à augmenter la fortune familiale de sorte qu’à sa mort, il possédait 55 fonderies et usines métallurgiques. Sa tombe se trouve dans le monastère de Donskoy.
Demidov s’intéressait à la botanique, a écrit un traité sur les abeilles, a collectionné un herbier et a fait mettre en cage un certain nombre d’oiseaux dans sa maison. Un catalogue de ses plantes a été préparé par Peter Simon Pallas. Son manuscrit des chansons folkloriques de Kirsha Danilov est conservé à la Bibliothèque nationale russe.

Il est donc représenté en vêtements d’intérieur admirant ses plantes, avec son arrosoir… On aperçoit son jardin au fond, je pense que c’était à Saint-Péterbourg.

 

Léopold Boilly, Mr d’Aucourt de Saint-Just construisant un pont. Musée des Beaux-Arts de Lille.

Claude Godard d’Aucourt de Saint-Just (1769-1826) écrivain. Le recueil de ses Œuvres a été donné par lui-même (Paris, 1826, 2 volumes in-8°). Il a composé le livret de plusieurs opéras comiques de François Boieldieu. Vu les costumes, nous sommes sou le Directoire ou au début de l’Empire.

Monsieur et Madame d’Aucourt de Saint-Just
Portrait du prince de Ligne.

Un personnage indispensable dont je parle en longueur dans mon article. Ligne (1735-1814)
est l’auteur de ce délicieux livre « Coup d’oeil sur Beloeil », son domaine en Belgique. Mais, c’était un parfait européen qui avait des terres du fond de la Russie jusqu’au bord de la Loire, passait sa vie à voyager. D’une mauvaise foi totale et d’un comique réjouissant !

Parc de Tsarkoïe Selo, la pyramide
Parc de Tsarkoïe Selo, le pavillon chinois

Le parc comporte de nombreuses fabriques de jardin): la Grotte (ou salon du Matin), l’Amirauté, la colonne de Tchesmé, les Bains turcs, la Pyramide, le  pont de Marbre ou palladien, la Tour en ruine, le Pavillon grinçant, la Gloriette, etc.
À l’extérieur, dans le magnifique parc de plus de 100 hectares, la construction la plus originale est la galerie Cameron, décorée de bustes de personnages et de dieux antiques, ou le pavillon d’Agate et le Jardin suspendu. Le parc paysager s’articule autour du Grand Étang avec la célèbre colonne de Tchesmé, commémorant la grande victoire navale sur les Turcs, et des pavillons comme les Bains turcs en forme de mosquée, pavillons néo-classiques aux volumes géométriques adoucis d’incrustations en relief.

Joshua Reynolds, Portrait de William Chambers, 1785.

William Chambers (1723-1796) est aussi un protagoniste essentiel des jardins anglo-chinois. Dans sa jeunesse, il a visité plusieurs fois la Chine et l’Inde et a publié trois ouvrages sur l’architecture et le jardinage des Chinois, traduits en français et autres langues qui ont eu une influence dans toute l’Europe.
Dessins des édifices…. chinois, 1757
Dissertation sur le jardinage chinois 1772
Autrement, c’est un des plus grands architectes anglais du XVIIIe siècle qui a fait ses études en France à l’École de Blondel et a gardé des amis françis toute sa vie.

Voltaire dans les jardins de son château de Ferney.

Voltaire, sur le tard s’est vanté d’avoir ramené le goût des jardins à l’anglaise en France après son exil à Londres (1726-1728). Voir son échange avec Chambers qui lui avait envoyé son livre. Mais les travaux qu’il a fait exécutés dans son domaine de Ferney restent très intéressants. À son arrivée, le hameau comptait à peine cent cinquante habitants. Sur la statue de Voltaire, installée au centre-ville, il est qualifié de « Bienfaiteur de Ferney ». En effet, il permit l’essor tant démographique qu’économique de Ferney qui, en quelques années, passa d’une structure villageoise à une véritable petite ville. Voltaire fit construire plus de cent maisons, finança la construction d’une église, d’une école, d’un hôpital, d’un réservoir d’eau et de la fontaine.
De plus, il fit assécher les marais et créa des foires et marchés, incita des artisans — horlogers, tisserands — à s’y implanter, et enfin nourrit les habitants durant la disette de 1771. Rasant l’ancien bâtiment, il s’y fait édifier un château (aujourd’hui classé monument historique). Enfin, il prêta de l’argent gratuitement aux communes voisines.

Jean-Baptiste Oudry, La ferme, exposé au Salon de 1750 et acquis par le Dauphin, fils de Louis XV.

Collection de Louis XV. Le titre ancien de cette œuvre, « L’Agriculture », en révèle la signification : reflétant les idées moralisantes qui prévalaient dans l’entourage de la reine et du Dauphin Louis de France, pour qui a été peint le tableau, ce paysage est l’une des premières valorisations de l’agriculture et de la vie rustique
Les différents théoriciens des jardins développent des typologies diverses, c’est ainsi que Watelet parle de « Pastoral moderne » à propos de son domaine de Mouli-Joly.

Attr. à Greuze, Portrait du marquis René-Louis de Girardin, Abbaye de Chaalis.

Ce personnage est aussi une figure essentielle du nouvel art des jardins de la seconde moitié du XVIIIe siècle. I fut le concepteur principal du célèbre jardin d’Ermenonville où Jean-Jacques Rousseau devait passer ses derniers jours et l’auteur du traité De la composition des paysages, ou des moyens d’embellir les paysages autour des habitations (1777), ouvrage essentiel pour l’esthétique de ce temps.

Parc de Stowe (Buckinghamshire), Pavillon chinois par William Kent, 1737.ted in 1998.

C’est LE parc anglais par excellence, aménagé tout au long du XVIIIe siècle par les concepteurs les plus célèbres, tels William Kent et Capability Brown. Il fut visité par des voyageurs venus de toute l’Europe. Il compte de très nombreuses fabriques et a fait l’objet d’importantes restaurations effectuées sus la direction du National Trust.