Jean-Philippe Teyssier

Présentation des films

Valsanzibio
, réalisation TIMO EBERMANN

Au coeur des collines au sud de Padoue et à 50 kilomètres de Venise, le domaine de Valsanzibio s’étend sur huit hectares. Ce jardin est l’oeuvre de la famille Barbarigo, riches marchands vénitiens du XVIIe siècle. Il aurait été construit en signe de reconnaissance à Dieu pour avoir épargné la famille de la peste en 1631. La conception du jardin de Valsanzibio est attribuée à Luigi Bernini, frère du Bernin.

 


Inverewe, réalisation EMMANUEL DESCOMBES


À la fin du XIXe siècle, au nord-ouest des Highlands et à une latitude proche de celle du Groenland, Osgood Mackenzie, un aristocrate écossais, décide de créer une oasis de plantes exotiques sur cette terre battue par les vents et les tempêtes. Le Loch Ewe, au creux duquel est situé le jardin, est un bras de mer où l’influence du Gulf Stream permet à de nombreuses plantes venues du Chili, du Népal ou d’Afrique du Sud de s’adapter, constituant ainsi une véritable anomalie à cette latitude.

 


Gravetye, réalisation EMMANUEL DESCOMBES


Dans le sud de l’Angleterre, le jardin de Gravetye dévoile une nature indisciplinée et une grande floraison de plantes vivaces. Ce domaine a été conçu par William Robinson, l’inspirateur du Wild Garden, le jardin « naturel et sauvage ». À la fin du XIXe siècle, cet Irlandais s’est lancé dans une guerre contre les jardins réguliers et géométriques. Proche du mouvement Arts and Crafts – né en Angleterre dans les années 1860 – il considère que l’art doit intervenir partout et que le beau doit être utile. Aussi, son jardin est pensé afin que le verger et le potager puissent fournir la décoration et la cuisine de la maison.

 


Agdal, réalisation SIMON WATEL


Entre les monts de l’Atlas et le désert du Djebilet, mitoyenne à la ville de Marrakech, cette oasis de 515 hectares, entourés de remparts, constitue une véritable prouesse technique. Au 12eme siècle, la dynastie des Almohades entreprend de canaliser et stocker l’eau de la montagne. Les vergers de l’Agdal – la « prairie close »- avec ses orangers, ses oliviers, ses grenadiers et ses abricotiers répondent aux besoins de la population. Entre les XIIème et XIIIème siècle, les Almohades, pour protéger leur jardin autant des vents que de leurs ennemis, élèvent une haute muraille, longue de 9 kilomètres.

 


La Ninfa, réalisation ALOIS-MARIE LENOAN


La cité de la Ninfa dès l’antiquité, puis au XIIème siècle, connaît un développement très important. Une famille noble, les Caetani, en est propriétaire. Mais au XIVe siècle, les guerres civiles et la malaria déciment la population. Il faut attendre le XXème siècle pour que trois générations de femmes de la famille Caetani – Ada, Marguerite et Lelia – se passionnent pour le lieu et créent un jardin sur les ruines de l’ancienne cité. Dans un savant mélange, nature sauvage et plantes ornementales se faufilent entre les ruines.

 


Bagh-e, réalisation VINCENT CHAFFARD

Fin
A 250 km de Téhéran, la ville de Kashan est érigée en plein désert. Le Shah Abbas 1er ordonne la construction du jardin de Fin en 1587 autour de sa résidence, à l’image des jardins décrits dans le Coran, une allégorie du paradis. Au sud de la cité, cette oasis constitue le plus ancien jardin persan encore existant. Son plan a servi de modèle pour la création de nombreux espaces paysagers dans le monde musulman. En 2012, ce trésor de l’histoire iranienne a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

 

Mount-Stewart, réalisation HUGO BENAMOZIG


En Irlande du nord, un jardin inclassable voit le jour dans les années 1920. Une aristocrate anglaise excentrique, Lady Londonderry, très engagée lors de la première guerre mondiale, créé un havre de paix loin de Londres et des obligations mondaines. Reflet de sa personnalité indépendante et pleine d’humour, les espèces les plus exubérantes trouvent leur place dans la structure classique du jardin. Avec ce jardin, Lady Londonderry a voulu exprimer sa créativité et ses goûts hors-normes pendant la période trouble de l’entre-deux-guerres ainsi et en faire un lieu d’expérimentations en tous genres.


 

Taman ujung
, réalisation EMMANUEL DESCOMBES

Les jardins flottants de Taman Ujung sont l’oeuvre du roi Anak Agung, dernier roi à gouverner la région de l’est de Bali. Il le fait construire entre 1912 et 1921 dans un lieu soigneusement choisi pour ses sources sacrées. L’Indonésie est alors sous domination hollandaise mais les rois des provinces continuent d’exercer un pouvoir local. Le roi avait pour devoir de transmettre à son peuple ses valeurs spirituelles. La conception de son jardin illustre cette démarche. Malgré une reconstruction récente et presque intégrale du jardin, les concepteurs ont réussi à restituer l’esprit des lieux.

 


Daitoku ji, réalisation EMMANUEL DESCOMBES

Dans le jardin zen japonais, ou « jardin sec », tout est épure, silence et symbole. Lanternes de pierre, bassins de purification, rochers et graviers blancs sont minutieusement disposés, dessinés. Le monastère de Daitoku Ji regroupe vingt trois temples autour d’un temple principal. Trois portes monumentales permettent de pénétrer dans l’enceinte qui isole les temples de la cité. Par leur symbolisme, ces jardins secs se conforment à la philosophie abstraite du courant zen : monochromie, simplicité végétale et minérale. Dans un parcours de purification pour le corps, les chemins sont dessinés pour conduire à la cérémonie du thé, un rituel qui mène au perfectionnement de soi.


 

Jardin Alpin du Lautaret, réalisation EMMANUEL DESCOMBES

 
Perché à 2100 mètres, le jardin du col du Lautaret est le jardin botanique d’altitude le plus haut d’Europe. En 1899, Jean-Paul Lachmann, un professeur de botanique, le crée pour étudier la flore de montagne, et tester l’acclimatation des plantes en haute montagne. Aujourd’hui, le jardin est un observatoire dédié à la préservation des plantes alpines.

 


Tresco Abbey, réalisation TIMO EBERMANN

Cinq générations de paysagistes ont tiré parti du climat dû au Gulf Stream pour créer de remarquables jardins qui s’étendent sur trois terrasses. En 1834, le banquier Augustus Smith aménage un jardin autour des ruines d’un prieuré du XIIe siècle. Par manque d’espace, il crée les terrasses orientées au sud que les jardins occupent aujourd’hui. Son neveu, Thomas Algeron Dorrien Smith qui hérite de Tresco en 1872, plante de grandes ceintures d’arbres sur le pourtour des jardins. Puis Arthur Dorrien Smith enrichit la collection de plantes rapportées de Nouvelle-Zélande et des îles Chatham. A partir de 1955, Tom Dorrien Smith privilégie les plantes Sud-africaines et australiennes. 20 000 plantes exotiques prospèrent sous le climat doux du lieu provenant de plus de 80 pays. Elles se répartissent dans un jardin mexicain, une falaise Sud-Africaine et des inspirations de jardins australiens. La terrasse intermédiaire partiellement protégée accueille des plantes des Canaries et d’Afrique du Sud. Enfin, la terrasse supérieure, très ensoleillée, est occupée par des plantes des régions sèches d’Australie et d’Afrique du Sud…

 


Little Sparta
Ian, réalisation TIMO EBERMANN

Finlay, poète sculpteur, et sa femme, Sue Finlay, acquièrent en 1966 une ancienne ferme pour y façonner un jardin, un travail qui s’étalera sur près de 40 ans ! Le couple veut lui donner une renommée internationale. Pour symboliser son combat pour l’art, Finlay y intègre des motifs martiaux, tout en gravant dans la pierre des poèmes lyriques. Little Sparta « La petite Sparte », outre son étonnante exposition de sculptures éclectiques, est un jardin chargé de sens et d’allégories. Il n’est pas sans ressemblance avec Stowe, archétype du jardin anglais, mais ici tout est fait pour inviter le visiteur à « lire » ce jardin iconoclaste.

Le jardin sauvage monte derrière la maison jusqu’aux collines, brouillant la frontière entre jardin et paysage naturel. Le jardin met en évidence le rapport entre nature sauvage et tentatives artistiques de la domestiquer, propre à l’art des jardins. Car pour Ian Hamilton Finlay, les plus beaux jardins « sont faits de mélancolie et de solitude, non de plantes et d’arbres ».

 

Présentation Jean-Philippe Teyssier

Jean-Philippe Teyssier est paysagiste DPLG, diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles et passé par l’Edinburgh College of Art. Il est né le 24 janvier 1978 à Saint-Agrève sur le plateau de la montagne ardéchoise.

Il présente l’émission « Jardins d’ici et d’ailleurs » sur ARTE depuis Mars 2015. Co-auteur avec Sylvie Steinebach de l’émission et responsable des destinations, il élabore avec une équipe de réalisateurs, d’auteurs et de journalistes une collection de 70 documentaires de 26 minutes (4 saisons) sur l’histoire de l’art des jardins autour du monde.
Il a auparavant exercé son activité de paysagiste pendant 5 ans au sein de l’agence Muta­bilis à Paris. Il a travaillé particulièrement pour le renouvellement des espaces publics du centre-ville de Mulhouse (place de la Paix, Square Steinbach, parcours scénographique), pour le Lac de Grand Lieu près de Nantes avec les architectes de l’Atelier Philippe Madec. Il a longuement participé à la création de promenades urbaines pourl’association éponyme à Paris et à Edimbourg. Auteur de quelques jardins privés à Paris et en région Parisienne, il a créé, Avec Fanny Anthoine-Milhomme, Paysagiste, l’Ile de la Pépinière dans les Hortillonnages d’Amiens avec le concours de la Maison de la culture. Il participe ponctuellement à des jurys de diplômes et de projets à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles et présente depuis 1 ans une conférence sur les liens entre le jardin et la télévision en France.