Jean Jullien. Pépé

Présentation de Pépé

L’idée est d’installer ce géant blanc, fantômatique et peinard, allongé dans l’herbe, écoutant de la musique avec un casque sur la tête. Je pense que le gigantisme tire partie du lieu, avec la vue de la rue et la descente de l’escalier. En s’approchant, le spectateur se retrouve rétréci comme un liliputien face à Gulliver. De la musique se fait entendre (lorsqu’on se colle aux écouteurs) discrètement. Le personnage serait en résine, permettant ainsi de résister aux intempéries et contrastant avec la végétation et la vieille pierre. Pour moi, ce géant « peinard » utilise le lieu de la même manière que je le ferais. Cette quiétude c’est celle que le lieu m’a évoqué lorsque je l’ai vu.

 

Interview Jean Jullien – Ouest-France

1) Vous êtes né à Cholet, êtes installé à Londres, comment avez-vous été mis en relation avec les organisateurs du festival Lieux Mouvants ?

Par le biais de Rosalie Tsaï, qui connait mes amis Gaël Gueguen et Bruno Fourn. J’ai rencontré Jean Schalit (créateur de Lieux Mouvants) il y a quelques mois et il m’a fait visiter tous les lieux de l’évènement et m’a présenté le projet en détail. C’est une initiative qui m’a beaucoup séduit.

2) Connaissez-vous le Centre-Bretagne ? Y êtes-vous venu récemment ?

Je connais mieux le Finistère Sud! Plobannalec-Lesconil et ses environs. Mais ces dernières années j’ai eu l’occasion d’explorer un peu plus le centre Bretagne (sans m’y connaitre non plus). Et puis j’ai fais mon lot de Vieilles Charrues!

3) Vous avez conçu la nouvelle affiche pour cet événement. Quels messages voulez-vous transmettre par le biais de ce nouveau visuel ?

Jean Schalit était assez attaché à l’idée d’une affiche positive. Quelque chose d’immédiat et qui communiquerait les grandes notions de l’évènement (puisque dans le détail, les formes que prennent les oeuvres sont assez éclectiques). Je suis donc parti sur un personnage endormi que l’évènement éveillerait et stimulerait. Cette idée se manifeste assez simplement par la composition divisée de l’image: la partie gauche alignée et la partie droite qui part en vague, simulant la mouvance évoquée dans le titre.

4) Vous allez concevoir une œuvre pour la carrière de Locuon. Pouvez-vous nous en parler ?

Avec plaisir, c’est une sculpture « géante » intitulé Pépé et qui, concrètement, ressemble a une créature blanche étendue dans l’herbe, un casque aux oreilles. Quand j’ai vu ce lieu, j’ai été soufflé par la grandeur et l’impression de quiétude qui s’en dégageait. Comme une atmosphère mêlant Grandiose et discret. Je me suis aussi souvenu de toutes les ballades avec mes parents où, plus jeune, j’étais assez détaché de l’environnement dans lequel je pouvais me trouver. Que ce soit un château ou un paysage magnifique : je voyais bien mes parents s’émerveiller sans pour autant comprendre ce qu’ils trouvaient de si incroyable. J’avais ma propre interprétation du moment, qu’elle soit positive ou négative d’ailleurs. Et donc Pépé est un clin d’oeil à ça: ce personnage qui est dans un lieu magnifique et qui pourtant garde son casque sur ses oreilles et écoute sa musique comme si de rien n’était. Mais il a l’air bien, tranquille. Et au final c’est ça qui compte.

5) Pour la réaliser, serez-vous en résidence dans le Morbihan ?

Et non car malheureusement mes « compétences » s’arrêtent au dessin. Au fil des ans j’ai appris que parfois, la meilleure façon de matérialiser une idée, c’est de collaborer avec des gens qui ont le savoir faire requis. Lorsque j’ai la chance de travailler sur des projets en volume, je collabore donc généralement avec plusieurs personnes pour passer du dessin à l’objet. Ce fut le cas pour Le Nid, le bar que j’ai crée en 2012 pour le Voyage à Nantes, ainsi que pour le géant exposé au musée national de Singapour ou pour les baigneurs exposés a Miami et Berlin.

6) Que menez-vous comme autres projets actuellement ?
Je m’apprête a partir a Séoul pour plusieurs évènements dont ma nouvelle exposition à la galerie Studio Concrete où je présenterais une sculpture en ciment, une nouvelle série d’affiches et une performance. Ce sera aussi l’occasion du lancement de la nouvelle collection de la marque Nounou que j’ai fondé avec Jae Huh. Je pars ensuite à Tokyo la semaine suivant pour une autre exposition où je présenterais une série de dessins originaux ainsi qu’une série de peintures (dont certaines représentant le port de Lesconil et la plage de la Torche), une collection capsule avec Rustubo et Fabrik. Je viens également de sortir une série de bols et un banc avec Case Studyo, une collaboration avec Beams et Champion USA. J’ai une expo a Hong Kong en juin et une a San Francisco en Juillet. Je travaille sur l’identité visuelle de la Maison Plisson 2, et je refais la porcelaine de l’hotel Connaught à Londres et présente une nouvelle collection pour ONLY NY, je viens de finir mon troisième livre pour Phaidon et sort une lampe avec Medicom. Enfin nous lançons en juin un jeu de carte appelé DODGY DOGS!